Je me suis aperçu que cette question,
pour bénigne qu’elle semble être, est parfois explosive entre chrétiens…. Même entre certains prêtres… Pour aider à réfléchir et à débattre, voici ci-dessous le fruit de ma recherche et réflexion
actuelle. Merci de me faire part de vos réactions.
1. D’après les Saintes Ecritures, les disciples sont-ils dits seulement « Fils de
Dieu » ou sont-ils appelés également «Enfants de Dieu » ?
Oui, cela paraît très clairement dans la Bible, les
disciples de Jésus, fils de Dieu dans le Fils, sont également devenus « enfants de Dieu ». Par exemple :
Mc 10, 15 et Lc 18, 17 :« Accueillir le royaume de Dieu comme un enfant ».
Mt 18, 3 : « Changer et devenir comme les enfants ».
L’enfant est ainsi désigné comme modèle de l’homme
parfait dans ces paroles de Jésus .
Jn 1, 12 : « Il a donné le pouvoir de devenir enfant de Dieu ».
Naître de nouveau, d’en haut, de Dieu, de l’eau et de
l’Esprit. Ces thèmes se retrouvent notamment dans les écrits johanniques (Evangile selon saint Jean et Première Lettre de Saint Jean). Saint Paul n’exclut pas l’expression « enfant de
Dieu ».
1 Jn 3, 2 et Rm 8, 16 : « Nous sommes enfants de Dieu ».
Ph 2, 15 : « enfants de Dieu sans tâche »
Ep 5
1 « Enfants de
lumière »
1 Co 3
1 « petits enfants en Christ ».
Saint Paul sous-entend ici cette configuration du disciple au Christ-Enfant.
Rm 8, 21 : « Liberté et gloire des enfants de Dieu ».
Il résulte de ces citations, que les disciples sont
appelés à DEVENIR enfants de Dieu.
Rm 8, 14-19 : « En effet, tous
ceux qui se laissent conduire par l'Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu. L'Esprit que vous avez reçu ne fait pas de vous des esclaves, des gens
qui ont encore peur ; c'est un Esprit qui fait de vous des fils ; poussés par cet Esprit, nous crions vers le Père en l'appelant : « Abba ! ». C'est donc l'Esprit Saint lui-même qui affirme à
notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Puisque nous sommes ses enfants, nous sommes aussi ses
héritiers ; héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ, si nous souffrons avec lui pour être avec lui dans la gloire. J'estime donc qu'il n'y a pas
de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire que Dieu va bientôt révéler en nous. En effet, la création aspire de toutes ses
forces à voir cette révélation des fils de Dieu ».
On voit bien dans l’extrait précédent que Paul ne
fait guère de différence entre les expressions « fils de Dieu » et « enfants de Dieu ». La première expression implique la seconde.
On le voit également dans l’Ancien
Testament. En effet, la Bible ne nous parle
jamais d'un Dieu solitaire, mais toujours d'un Dieu en relation. Elle trouve des accents brûlants pour dire l'amour de Dieu pour son peuple. Ici, il s'agit de l'amour d'un Père, d'une mère même,
pour son enfant :
" Ephraïm est-il pour moi un fils chéri, un
enfant qui fait mes délices ? Chaque fois que j'en parle, je dois encore et encore prononcer son nom ; et en mon coeur, quel émoi pour lui ! Je l'aime, oui, je l'aime".
(Jr 31,20)
"La femme oublie-t-elle son nourrisson, oublie-t-elle de montrer sa tendresse à l'enfant de sa chair ? Même si celles-là oubliaient, moi, je ne
t'oublierai pas !" (Is 49,15)
2. Les chrétiens sont-ils devenus enfants de Dieu par le baptême ?
La Bible, il est vrai, n’affirme pas textuellement que les chrétiens sont devenus enfants de Dieu par le baptême. Les textes officiels (Bible, Rituel, Conciles …) emploient plus volontiers l’expression
« fils de Dieu» à propos du baptême, plutôt que celle d’ « enfant de Dieu».
Par configuration au Christ, dans le baptême on devient en effet fils adoptifs de Dieu dans le Fils unique de Dieu. L'expression "enfant de Dieu", à l'origine, n'est donc pas particulièrement baptismale.
Mais, encore une fois, disons
qu’avec la Bible, le mot « Fils » englobe forcément celui d’ « enfant ». Car, bibliquement, nous l’avons vu notamment en Romains
8, il serait absurde d’opposer les deux titres. D’ailleurs, on pourrait ajouter que si le fils ne devient comme « un petit enfant », il ne
peut tout simplement « entrer dans le Royaume de Dieu » (Cf. Mt 18, 3 ; Mc 10, 15 et Lc 18, 17).
C’est pourquoi, il paraît très
difficile de ne pas admettre que l’on devienne enfant de Dieu par le baptême, par configuration au Christ, et de ne pas au moins y penser, surtout quand il s’agit d’un baptême de petit
enfant.
Des théologiens d’hier comme d’aujourd’hui font en effet le lien de manière
naturelle entre les expressions bibliques, comme on le voit par exemple dans ce texte antique de la prière eucharistique du IIe siècle dite d’Hippolyte de Rome, où Jésus-Christ porte plusieurs fois le titre d’ « Enfant bien-aimé » à côté de celui, plus théologique, de
« Fils de Dieu».
Du côté des théologiens contemporains, on le voit par exemple chez Adrien NOCENT,
dans le Dictionnaire encyclopédique de la liturgie, (tome 1, p.103) : « Baptême, écrit-il,
signifie – selon une expression chère à Jean – ‘naître de’ (1Jn 2, 29 ; 3, 9-10 ; 4, 7 ; 5, 1.4.18 ; Jn 1, 13 ; Jn 3, 5.6.8). A ce moment naît ‘l’enfant de Dieu’, un
‘être de Dieu’, engendré par Lui (1Jn 3, 1-2 ; Jn 1, 12 ; Jn 11, 52 ; 5, 2) ».
Le concile Vatican II déclare
lui-même, sans détour, que les chrétiens sont « devenus enfants de Dieu par la foi et le baptême » (SC 10).
Dans le Rituel du baptême des petits
enfants, il est écrit : « Par la naissance, la naissance physique, nous existons comme des petits d’homme, avec tout ce que cela comporte
d’espérance, mais aussi de faiblesse. Par la nouvelle naissance, celle du baptême, nous re-naissons comme enfants de Dieu […] »
(p.174).
Le même Rituel cite Saint Jean
Chrysostome : « A nous aussi, dans le baptême, Dieu nous ouvre les portes du ciel […]. Ce n’est pas, en effet, en faisant de nous des anges ou
des archanges, mais des fils de Dieu et ses enfants bien-aimés qu’il nous appelle à un tel sort ». (p.171).
Le Rituel utilise une prière d’ouverture qui va encore dans le même sens :
« Par le baptême, dit l’oraison, tu fais de nous tes enfants d’adoption ». Et aussi une prière
de conclusion pour la prière commune qui dit de l’enfant baptisé : « Tu as fait de lui, dans le sacrement du baptême, ton enfant d’adoption » (p.220).
Le Catéchisme n’est pas en reste : « Le nouveau baptisé est maintenant enfant de Dieu dans le Fils
unique. Il peut dire la prière des enfants de Dieu : le Notre Père ». (CEC 1243).
« Ce que la foi confesse, les
sacrements le communiquent : par ‘les sacrements qui les ont fait renaître’, les chrétiens sont devenus ‘enfants de Dieu’. » (CEC 1692).
Avec une belle constance traditionnelle, les évêques de France ont écrit dans le
même sens, dans leur Catéchisme (1991) :
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« Le
baptême est au départ de toute vie sacramentelle. Il délivre du péché, configure au Christ, incorpore à l'Église et régénère en, faisant devenir enfant de Dieu » (n°386).
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Le pape Jean-Paul II, a rappelé Benoît XVI pendant son dernier voyage en Pologne,
utilisait lui-même l’expression dans un discours :
« Jean-Paul II, en évoquant ces
débuts, rappelait souvent un signe: celui des fonts baptismaux, qu'il entourait d'une vénération particulière dans l'église de Wadowice. En 1979, lors de son premier pèlerinage en Pologne,
il reconnut: "Sur ces fonts baptismaux de l'église de Wadowice, le 20 juin 1920, m'a été accordée la grâce de devenir enfant de Dieu, et aussi
la foi en mon Rédempteur et je fus accueilli dans la communauté de son Eglise. Ces fonts baptismaux, je les ai déjà baisés solennellement une fois, en l'année du Millénaire de la Pologne, quand
j'étais Archevêque de Cracovie. Je le fis ensuite une autre fois (...) lors du cinquantième anniversaire de mon baptême, lorsque j'étais Cardinal. Aujourd'hui, je veux les baiser une troisième
fois, venu de Rome comme Pape, successeur de Saint Pierre" (Wadowice, 7 juin 1979).
Cela ne signifie d’ailleurs pas qu’on ne puisse devenir « enfant de
Dieu » sans le baptême. Et puis, il ne suffit pas d’avoir été baptisé pour devenir « enfant de Dieu ».
Un texte éclairant du P. Dominique
FONTAINE, de la Mission de France :
Panorama
mai 2009
Faut-il être baptisé pour être enfant de Dieu?
A
une réunion de préparation au baptême dans ma paroisse un monsieur arrive, pas très aimable. Les participants se présentent et une dame dit: « Je veux faire baptiser mon enfant pour qu'il
devienne enfant de Dieu. »
Le
monsieur s'exclame alors : « Eh bien, cela veut dire que si je ne faisais pas baptiser mon enfant, il ne serait pas enfant de Dieu ? Quel est donc ce Dieu qui fait des différences entre les
enfants ? »
J’ai
eu l’idée, alors, de proposer de lire le récit du baptême de Jésus, vous savez, ce recit où la voix du Père se fait entendre, disant: « Tu es mon Fils bien-aimé, en toi j’ai mis tout mon amour.
»
Une
autre dame a pris la parole: « C’est étonnant, Jésus, qui était Fils de Dieu, a eu besoin que son Père lui dise qu'il l’aimait. » La discussion a
repris : « Oui, c’est essentiel dans la vie de savoir qu'on est aimé. Nos enfants ont besoin d'être aimés, mais aussi de savoir qu’ils sont aimés, ils
ont besoin qu'on leur exprime notre amour. »
Un
autre monsieur a enchaîné: « Si je comprends bien, on peut dire que Dieu, bien sûr, aime tous les enfants qui naissent, mais que pour les enfants qui sont baptisés, cet amour leur est manifesté le jour de leur baptême, comme pour Jésus. C’est ça la différence et ça change tout. »
Cette
discussion m’a éclairé. Tous les humains sont enfants de Dieu, parce qu'il nous a aimés de toute éternité, il nous a fait exister et il nous accompagne de son amour. Il a créé tous les hommes à
son image. Ceux qui sont baptisés ne sont pas plus aimés de Dieu que les autres, mais son amour leur a été manifesté, ils peuvent découvrir qu'Il les aime, ils entrent en relation avec ce Père
qu'ils apprennent à connaître, ils peuvent« devenir » fils et filles du Père de Jésus, le Fils par excellence.
Saint
Augustin disait: « Deviens ce que tu es ! » C’est cela qui nous arrive par le baptême.
PERE DOMINIQUE FONTAINE,
PRETRE DE LA MISSION DE France
Réflexion du P. Jean Eudes FRESNEAU
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